Agrimony, la guérisseuse

 

Laissez moi vous conter, pendant que je m’en souviens encore, l’histoire de ce drôle de petit garçon.
C’est l’histoire d’un enfant tout ce qu’il y a  de plus normal, avec ses joies et ses peines.
Sauf que celui-ci est muet !

Aucun médecin n’avait encore trouvé de remède à sa maladie. Tout fonctionnait normalement chez lui, des cordes vocales jusqu’au bout de la langue et pourtant, aucun son ne franchissait jamais ses lèvres.
Muet, mais normal, avait décidé le jeune docteur, celui qui croit savoir tout.

Malgré son silence perpétuel, il n’aimait pas rester seul. Heureusement, tout le monde  l’aimait bien , ce jeune garçon car déjà, il ne se plaignait jamais et surtout, Il était gai, joyeux, toujours partant pour une bêtise, un jeu, une  fête même improvisée ou une promenade.
Un jour, au cours d’une de ces balades qui les avait amené sur les rives d’un lac clair, lui et sa bande d’amis, il lui arriva pourtant quelque chose de spécial, de très spécial même. Alors qu’il se penchait au dessus de l’onde calme, il vit soudain surgir à la surface du frais bassin, une forme sombre et tordue, ruisselante et inquiétante aussi. Un affreux petit être laid et difforme s’ébrouait devant lui, en essorant ses vieilles nippes . Cet avorton  parcheminé se lova ensuite dans le  creux ensoleillé d’une pierre et se mit à regarder fixement le jeune garçon, longtemps, longtemps, et en silence.

Quelle frayeur, cette vision, ce gnome grimaçant ! l’enfant aurait bien voulu  appeler à l’aide ses amis, si seulement il avait pu parler, crier au secours, que cesse ce face à face plus que déplaisant ! Et puis, voyant que le gnome ne semblait pas si agressif  que son visage le laissait croire, il  aurait bien voulu dire aussi à ce vieux nain fripé et sec ce qu’il pensait de lui, de ses manières insolentes, de cette irruption indésirable.dans son monde familier !  Sortant alors enfin de son immobilité, le vieux minuscule et tout ridé éleva son bras maigre et tendit un index immense et noueux. On aurait dit qu’il désignait un bouquet épars de grandes hampes fleuries d’aigremoines, dans la moitié ensoleillée de la prairie toute proche.

Voulant se rassurer un peu, l’enfant se frotta longuement les yeux puis regarda à nouveau la pierre ou séchait l’inquiétant petit personnage. Le croirez-vous ? Plus personne à cet endroit, la pierre était vide de tout danger ! Seul, un vieux masque  tout défraîchi y séchait ses couleurs délavées. Se penchant un peu plus, il parvint à l’atteindre, c’était bien un masque, et à sa taille, en plus. Aussitôt, il l’enfila, riant tout bas des tours que lui jouait son imagination.

 

Songeur, il s’avançait sans vraiment  y penser vers les fleurs de la clairière,  les longues aigremoines que lui avait indiqué le petit être de la nature. Il aurait bien voulu raconter aux autres cette vision étrange qu’il OLYMPUS DIGITAL CAMERAavait rêvé tout à l’heure. D’ailleurs, il existait tant de mots dans le silence de son esprit, organisés en belles phrases qu’il aurait voulu chanter, mais comment ? Comment retracer le chemin perdu qui fait jaillir du coeur les  sentiments sincères, qui permet d’exprimer peines et soucis, dans un partage bienveillant et confiant avec les amis, les parents ?

Pour la première fois, vint le questionnement et puis juste après, le goût amer et âpre du manque..

 

 

 

 Tout à sa réflexion, il se trouvait maintenant au milieu des belles et élégantes aigremoines, Il en choisit quelques fleurs d’un jaune éclatant, sur lesquelles perlaient encore de petites bulles de pure rosée, irisées, solarisées, qu’il se mit à sucer avec gourmandise malgré leur légère amertume, tout en revenant, à petits pas, vers ses amis…

 

 

C’est à ce moment précis, je m’en souviens, que le masque est tombé, s’effritant en poussière à ses pieds.
Ses amis tendaient vers lui leurs regards étonnés puis souriants. leurs regards, mais surtout leurs oreilles ! Des lèvres du jeune garçon, merveille ! s’écoulait un murmure d’abord doux comme un filet de miel, le murmure des faiblesses qu’il avait tues depuis toujours, cachées derrière sa bonne humeur, de peur des jugements, de peur de perdre leur amitié, leur respect, leur soutien. Le masque tombé, il pleura longuement, du bonheur de pouvoir être lui-même, sa voix retrouvée. Puis en
toute liberté, sa voix  s’élança, vibrante de gratitude et d’émerveillement, dans un hymne
à la nature, à la Vie, au soleil  et l’amitié profonde.
La clarté et la sincérité des sentiments élevés de l’enfant touchait tous les OLYMPUS DIGITAL CAMERAcoeurs.

 

 Depuis ces retrouvailles,
cet enfant là, moins normal finalement que ce que l’on pouvait imaginer, est devenu la voix de la lumineuse guérisseuse portant le nom d’Aigremoine. Ils cheminent désormais côte à côte,. éclairant nos routes, elle,  de ses grands cierges aux flammes en spirales d’énergie guérisseuse et lui, de la beauté de ses chants révélant la puissance d’Aimer…

 

 

 


 

"WILD ROSE"